Abstract

L'intérêt croissant des acteurs de l'aménagement pour la thématique des communs (FERGUSON, 2014) invite le champ de l'architecture et de l'urbanisme à renouveler l'imaginaire vieillissant auquel ils sont associés. Les communaux de l'Angleterre pré-enclosure du XVe siècle offrent des perspectives quelque peu limitées au regard du potentiel qu'on leur admet (STAVRIDES, 2016). La contribution actuelle propose d'étudier la possibilité d'une transcription architecturale contemporaine des communs, propice à leur réactivation. Dans un premier temps elle s'attachera à réaliser une analyse comparative entre les communs traditionnels (OSTROM, 1990) et d'hypothétiques communs architecturaux : les espaces extérieurs partagés dans l'habitat collectif européen. L'ancrage sur le terrain et dans les territoires fait toute la singularité de l'approche institutionnaliste d'Elinor Ostrom, honorée en 2009 par le prix Nobel d'économie. De manière quasi-anthropologique, elle et son équipe se sont attachés à analyser et comparer la gestion collective - ni publique, ni privée - d'un nombre impressionnant de ressources à travers le monde. La confrontation au multiple lui a permis de déduire un certain nombre de généralités propres aux Common-pool-resource, échafaudant ainsi les fondements d'une théorie économique des communs. La validité d'un même énoncé éprouvé dans des situations géographiques aussi diversifiées fait toute la puissance de son analyse, encore considérée comme l'une des principales références en la matière (CORIAT, 2015). Ses conclusions sur les conditions de réussite d'un commun ne sont pas étrangères au thème de l'habitat collectif. Le principe de " jeu répété " y est exacerbé, dans un rapport quotidien et officialisé. Chaque participant a un rôle clairement défini, qu'il soit propriétaire, copropriétaire, bailleur, locataire, employé de service ou simple visiteur. Le logement collectif fait écho aux faisceaux de droits de John Commons, et à la fonction sociale de la propriété énoncée par Léon Duguit. L'échelle préférentielle du commun retenue par Elinor Ostrom est généralement respectée : de 10 à 100 participants. Les espaces extérieurs des logements collectif se prêtent particulièrement à la constitution de communs, en tant qu'intermédiaires entre le domaine public et la sphère domestique, physiquement identifiables et potentiellement régis par une gouvernance collective localisée. Cette première esquisse comparative d'ordre sociologique et organisationnelle peut trouver un pendant spatial en se focalisant davantage sur les caractéristiques matérielles des communs. Sur ce point, l'approche nomothétique d'Ostrom n'exclut pas la possibilité d'une variété typologique. La pêcherie, la forêt, le pâturage, le système d'irrigation sont autant de types de communs identifiés par la pionnière des Common-pool-resource. En plus de faciliter l'analyse comparative des cas d'études - réduits à quelques modèles représentatifs - cette classification permet d'en intensifier les conclusions, que l'on peut potentiellement extrapoler à un nombre extraordinaire de situations équivalentes. Sur la base de modèles historiques récurrents dans le champ de la théorie architecturale (PANERAI, CASTEX, DEPAULE, 1977), un certain nombre de types représentatifs d'espaces communs extérieurs associés à l'habitat collectif pourraient être identifiés, dont le square, le close, la cour, la toiture-terrasse. Leurs modèles respectifs seront à préciser. Une analyse comparative appropriée s'attachera à vérifier leur représentativité, et leurs capacités respectives à supporter l'émergence de communs. A l'intérieur même de chaque modèle, la possibilité de différents niveaux d'intensité du commun sera également expérimentée, en comparant pour chacun un nombre significatif de déclinaisons, dans l'espace et le temps. Dans une entrée idiographique, la reconnaissance de réponses formelles particulièrement adaptées fera émerger des modèles de communs architecturaux. En parallèle, l'approche nomothétique identifiera des conditions préférentielles générales à l'émergence de communs (échelle, dimensions, dispositifs spatiaux, principes théoriques, etc.). Ces comparaisons complémentaires, utiles à deux niveaux, devraient permettre de déterminer les contours de ce qui deviendrait une théorie des communs architecturaux ; voire plus largement, une théorie architecturale du commun.

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