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Diasporas et TIC: la territorialité en question. L'exemple de la communauté des Albanais du Kosovo en Suisse

Cette recherche s'inscrit dans le cadre des travaux du Working Group 2 «Humans as e-Actors» de l'Action COST 298 (programme européen de recherche dont le thème est « Participation in the Broadband Society »), et plus particulièrement dans la thématique portant sur les diasporas. L'usage des technologies de l'information et de la communication (TIC) par les diasporas constitue un champ d'investigation intéressant dans la mesure où les besoins et les pratiques de communication de ces communautés expatriées sont non seulement importants, mais prennent également des formes particulières et multiples : fonctionnement en réseau ; relations au sein de la diaspora mais également avec les membres de la communauté demeurés au pays ; production culturelle, relations économiques et engagement politique spécifiques, etc. Pour cerner et analyser l'impact de l'usage des TIC – et d'Internet en particulier – sur la manière dont les membres de diasporas implantées en Suisse sont en contact avec leur environnement, qu'il s'agisse du pays d'accueil, du réseau formé par les autres membres de la diaspora ici et ailleurs, ou des relations qui subsistent avec le pays d'origine, nous nous appuyons sur la notion de territorialité. Celle-ci renvoie, d'une part, aux usages qu'ont les individus et groupes sociaux des espaces (réels et virtuels), aux relations sociales, professionnelles, politiques, économiques qu'ils y tissent – on parle dans ce cas d'appropriation réelle de l'espace – et, d'autre part, aux représentations sociales que ces groupes se forgent à l'égard de ces mêmes espaces – il s'agit ici d'une appropriation symbolique de l'espace. Ces deux dimensions nous ont permis d'aborder le quotidien des membres d’une diaspora, de sorte à évaluer l’importance d’Internet dans le maintien / la création de liens sociaux. Nous nous sommes penchés sur l’exemple de la communauté des Albanais du Kosovo en Suisse. Il ressort de l’étude de cas que l’influence d’Internet se manifeste particulièrement dans les relations interpersonnelles, dans une moindre mesure dans les champs associatif, politique ou professionnel. Cette influence est par ailleurs plus significative dans les relations avec les compatriotes restés au Kosovo ou exilés ailleurs (diaspora), que dans les relations « locales ». Cependant, contrairement à d’autres diasporas qui voient leur centre de gravité se déplacer du territoire d’origine vers des pôles ancrés dans la diaspora, les Albanais du Kosovo établis en Suisse présentent la particularité de maintenir l’essentiel de leurs relations vers leur pays d’origine : c’est là que leur territorialité, définie par la nature et l’ampleur des liens sociaux, semble demeurer la plus intense. Ainsi, l’aspect « communautaire » que l’on avait supposé être porté par l’utilisation d’Internet est relégué au second plan, puisque l’essentiel des relations se fait directement de la Suisse vers le Kosovo, sans passer par la diaspora ni concerner celle-ci au premier chef. On en déduit que c’est l’accessibilité même à Internet qui permet de maintenir de telles relations intenses avec le Kosovo, restreignant par là même le développement des relations en réseau au sein de la diaspora. D'un point de vie méthodologique, la présente recherche articule réflexions théoriques et travaux de terrain. Après un approfondissement de la problématique, une bonne vingtaine d'entretiens semi-directifs ont été réalisés auprès de personnes ressources et de membres de la diaspora albanaise du Kosovo. Le contenu des discours a été analysé dans une perspective comparative: selon les dimensions du lien social, selon les espaces de référence considérés ainsi que dans une perspective avec/sans Internet.

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