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Bricolages et arrangements des ménages dans les parcours de mobilité quotidienne. Entre ruse et vulnérabilité spatio-temporelle.

Le modèle résidentiel dominant implique le plus souvent un éloignement par rapport au lieu de travail. Économistes, géographes et sociologues ont montré les conséquences d’un tel choix résidentiel en termes de coût économique, de choix modal, d’impact environnemental et de répartition socio-spatiale des populations. Encore peu explorée, l’approche spatio-temporelle proposée cherche à mettre en perspective les modalités de gestion des longues distances quotidiennes domicile-travail notamment au travers des programmes d’activités. La réflexion examine l’équation spatio-temporelle des familles qui doivent concilier et articuler les différentes sphères de la vie quotidienne (travail, famille, déplacement) dans des situations de budget- temps sous forte tension en raison de cette distance. Elle fait l’hypothèse générale que la résolution de l’équation nécessite la mise en place de stratégies spatio-temporelles et d’ajustements réguliers au sein des ménages et dans l’environnement social et spatial proche. La mobilité quotidienne des frontaliers du Luxembourg, marquée par les longs déplacements domicile-travail et le franchissement d’une frontière étatique constitue un cas d’analyse pertinent, où la rupture entre espace de travail et espace de résidence prend des formes accentuées et particulières. Bien que les frontières tendent à s’effacer au sein de l’Espace Schengen, la recherche formule alors l’hypothèse qu’elles conservent un pouvoir organisateur sur les pratiques quoti- diennes des travailleurs frontaliers. La grille heuristique s’appuie sur le couple pratiques/représentations à partir duquel, des agencements spatio-temporels apparaissent et correspondent à des modes de vie spatialisés particuliers. Le premier niveau d’analyse qui porte sur les comportements spatiaux de l’ensemble des frontaliers du Luxembourg montre un fort ancrage résidentiel et des plannings d’activités courts et contraints. Une comparaison avec les comportements spatio-temporels d’actifs non frontaliers de Voiron (espace métropolitain grenoblois) conforte ces résultats et montre que les activités des frontaliers se déploient davantage à proximité du domicile. L’enquête qualitative met bien en évidence un rythme de vie particulièrement soutenu marqué par des tensions entre vie familiale et vie professionnelle. La distance temps est soutenable si elle s’assortit de proximités, familiales, spatiales, ou sociales. Face à ce rythme, des stratégies d’adaptation différenciées s’appuyant sur les ressources temporelles, économiques et sociales sont bien élaborées par les ménages en lien avec leur environnement proche. Dans les modes de vie spatialisés métropolitains qui se dessinent, l’agencement entre proximités sociales et distance au travail fait ainsi système. La frontière reste un élément organisateur des pratiques quotidiennes à travers l’éloignement résidentiel et la persistance de représentations complexes de l’espace voisin.

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