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La nef des fous. La ville de Montpellier et sa cité psychiatrique (F)

«Le bateau, c'est un morceau flottant d'espace, un lieu sans lieu, qui vit par lui-même, qui est fermé sur soi et qui est livré en même temps à l'infini de la mer et qui, de port en port, de bordée en bordée, de maison close en maison close, va jusqu'aux colonies chercher ce qu'elles recèlent de plus précieux en leurs jardins, vous comprenez pourquoi le bateau a été la plus grande réserve d'imagination. Le navire, c'est l'hétérotopie par excellence.» [Foucault, Michel, Des espaces autres, Hétérotopies, 1967.] Je croise une jeune fille sur le parking de la cité psychiatrique de la Colombière (Montpellier.fr), elle s'approche et me demande un cigarette, je la lui donne, elle me remercie. Elle me demande si je suis une infirmière. La même scène, vingt mètres plus loin, de l'autre côté de l'enceinte, aurait été complètement différente. Elle n'aurait pas été une patiente, la question ne se serait pas posée. J'aurais été une passante et elle n'aurait pas cherché à comprendre la raison de ma présence ici. Comme si, dans ce lieu-là, si on est ni soignant ni soigné, notre présence est absurde, inconcevable. C'est le mur qui plante les rôles, patients ou infirmiers; sans le mur, le champ s'élargit, les gens, la vie entrent en scène, venant diversifier un réseau de relations sociales depuis trop longtemps devenues vaines. Tisser des liens avec la ville. Tisser des liens entre les gens. Créer le lieu où la diversité rend futile toute tentative de classification, le lieu où personne n'est fou, où tout le monde l'est. Chaque ville est composée d'entités, de portions, de tissus aussi nombreux qu'hétérogènes fédérés ou non par des tracés, des réseaux, des usages... Parmi cet éventail d'entités distinctes, parfois on rencontre des ailleurs, des lieux très fortement caractérisés qui évoluent à côté mais à distance des entités voisines. Lorsque ces dernières s'influencent, échangent et interagissent entre elles, ces ailleurs restent isolés, apparemment autonomes, « autres ». Ces lieux je les ai nommés cités psychiatriques, véritables villes hors des villes bâties dans le courant du XIXe siècle où des milliers de personnes, des sociétés, évoluent chaque jour en parallèle de la société que nous connaissons, barricadés derrière des murs. Une distance nette, implacable, existe entre ces lieux et la société qui les a créés. C'est l'étude de cette distance dans ses dimensions historiques, humaines, urbaines et spatiales qui a guidé ce travail. Donner à voir ce que la distance que l'on a par rapport à ces lieux nous empêche de voir. Donner à voir la distance elle-même et la mettre en projet. Questionner le mur.

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